Le navarin : une recette peut en cacher une autre

 

C’est Taillevent (1310-1395) qui, le premier, donne  la recette d’un « héricot (sic) de mouton » qui consiste à faire revenir de menues pièces de viande dans du saindoux, mélangées avec des oignons, puis mouillées d’un bouillon de bœuf et parfumées ensuite avec diverses épices et un trait de verjus. Point de haricots dans ce plat, qui ne seront rapportés du Nouveau monde par Christophe Colomb que deux siècles plus tard. Toute l’ambiguïté de cette recette réside donc dans le mot « héricot », « halicot » ou « haricot » qui vient du vieux verbe « haricoter », c’est-à-dire couper en petits morceaux. Il n’y a donc jamais eu de haricot dans le « haricot de mouton ! » , au moins jusqu’à une époque récente.

En 1651, Le Cuisinier François de La Varenne donne une variation de la « poitrine de mouton en aricot (sic) », sautée à la poêle dans du beurre ou du lard fondu, largement mouillée de bouillon, à laquelle on ajoute des navets « coupés en deux ou autrement », également sautés, un oignon « haché bien menu », un peu de farine, un filet de vinaigre et un bouquet garni de façon à obtenir « une sauce courte. » A la fin du 18ème siècle, Menon dans la Cuisinière Bourgeoise proposera une version différente encore pour « faire un haricot de mouton dans le goût bourgeois. » On pourra, dit-il,  remplacer le bouillon par « une chopine d’eau un peu chaude » tandis que le bouquet garni sera composé de « persil, ciboule, laurier, thym, trois clous de girofle, une gousse d’ail. » Et Menon de préciser : « les navets et la viande étant cuits, ôtez le bouquet, penchez encore la casserole pour ôter  la graisse qui reste. » La sauce ne devra être « ni trop claire, ni trop liée […] de l’épaisseur d’une crème double. » Jules Gouffé en 1867, codifie la haricot de mouton et recommande l’emploi du haut de carré « appelé chapelet en terme de boucherie », de préférence à l’épaule. Il ajoute des pommes de terre à la garniture traditionnelle de navets et d’oignons. Parmentier entre temps, avait su vaincre les réticences à l’égard du fameux tubercule, mettant en évidence le rôle nutritif de l’amidon. On s’apercevra bien plus tard que l’amidon permet d’éviter de singer (fariner) la viande et donne une sauce toute aussi onctueuse.

A la fin du 19ème siècle apparaît, sous le nom de « navarin », une recette identique à celle du haricot de mouton. C’est Lucien Rigaud, dans son Dictionnaire du jargon parisien (1881) qui explicite ce changement de nom : « Navarin, vient de navet et désigne un « ragoût de mouton aux pommes de terre. C’est le vulgaire haricot de mouton appelé pompeusement « navarin » par les restaurateurs des boulevards. »

 

Recette du navarin d’agneau

Pour 4 personnes :

  • 1 kg de collier et d’épaule d’agneau
  • 200 g de carottes
  • 200 g de navets
  • 200 g de petits pois
  • 200 g de pommes de terre nouvelles
  • 2 gousses d’ail
  • 2 tomates moyennes
  • 1 bouquet garni
  • 1 cuillère à soupe d’huile
  • 1 cube de bouillon de volaille
  • sel, poivre

Trancher la viande en morceaux. Faites revenir les morceaux de viande dans une poêle à feu moyen sur toutes les faces. Singer (fariner) légèrement et faites sécher pendant une minute. Si l’on ajoute des pommes de terre dans la garniture, l’amidon suffira à assurer la liaison ;
Placer  la viande dans une cocotte, mouillez à hauteur avec de l’eau. Ajoutez le bouquet garni, les tomates en dés et l’ail écrasé. Délayez le cube de bouillon de volaille dans un peu d’eau et versez-le dans la cocotte. Salez et poivrez. Laissez mijoter pendant une heure.

Ajouter alors les carottes, les navets et les pommes de terre en morceaux. Laisser cuire encore une petite heure. Faire cuire séparément à l’eau salée les petits pois pendant 10 minutes et les ajouter à la garniture.
Disposer les morceaux de viande dans un plat, les légumes autour. Ciseler quelques feuilles d’estragon sur la garniture.
Arroser le navarin avec la sauce réduite (si nécessaire).

 

 

3 commentaires sur “Le navarin : une recette peut en cacher une autre

  1. Cher Monsieur Ribaud,

    le cube de bouillon étant dèjà bien salé, je ne saurai trop vous recommander la plus grande prudence dans l’utilisation d’un rajout de sel qui pourrait s’avérer fort préjudiciable dans la dégustation de votre navarin.
    Un zest d’orange ou de citron vert généreusement rappé en fin de cuisson pourrait heureusement « conclure l’affaire ».

    Joyeuses Pâques

    Christophe Libaud

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    1. Maniaque, maniaque !,

      Ils sont légions à ne pas se laisser disperser dans de vains ergotages :

      http://www.cnrtl.fr/definition/zest

      Régalez-vous, en cuisine, bien plus que la recette au pied de la lettre c’est le chemin du produit au plat qui offre gourmandise et envie, loin de toute exclusivité et, qui sait, de toute acescense.

      Cordialement

      Christophe Libaud

      J'aime

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